L'hiver 1961/1962

 

 

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par Louis Lequette
 
Notre société devait choisir entre trois solutions:
 
La formation d'une société d'économie mixte avec  Allos voir le département!
La création d'une société immobilière orientée vers la construction
Le développement de la Satis pour l'équipement en remontées, la mise en valeur des terrains.
 
Je faisais remarquer que le travail accompli avait donné de la valeur aux terrains destinés à la construction et exposé au nom du conseil d'administration la politique et par suite les actes qui ont marqué la vie de la société durant les premiers mois de son existence.
 
Le conseil décida de s'orienter sur la troisième option.
 
Extrait de mon rapport du 21 janvier 1961
 
« Le premier but à atteindre pour la réalisation du projet de station à Pra Loup fût d'abord de convaincre les actionnaires et les pouvoirs public de l'intérêt de créer ce complexe touristique.
Si pour ce premier stade les premières études était suffisantes il est nécessaire de donner des éléments plus précis pour obtenir non seulement la considération des pouvoirs publics, mais leur aide, pour obtenir le crédit des banques...et même pour intéresser de nouveaux actionnaires.
Il faut prouver que les risques sont maintenant inexistants. Au département il faut prouver que cette réalisation ne peut que stimuler l'économie régionale et que toutes les garanties sont prises pour que l'affaire soit bénéficiaire. Le conseil a décidé que le meilleur investissement devenait une étude sérieuse...de réaliser un plan d'urbanisme....de commander les trois premiers téléskis...de mettre tout en œuvre pour que la station voie le jour en 1961.
Le contraire ne pouvant qu'attirer des reproches des pouvoirs publics, lasser l'opinion, décourager les actionnaires.
La conclusion de ce rapport sera une constatation.
Depuis son début jusqu'alors, le projet de Pra loup a conquis l'opinion grâce à un développement ininterrompu prouvant la volonté de réussir.
Les risques que la société a décidé de prendre ont toujours été récompensés, ce qui tendrait à démontrer que le seul risque existant, est celui de s'arrêter.
 
Après une nouvelle réunion, avec Maitre Delorme, Président du conseil général, de Emile Aubert et Henri Tournet, confirmait la prise en considération du projet, mais sous condition qu'il comprenne la liaison avec Allos, et que le conseil général serait saisie en vue d'accorder son soutien.
 
A ma surprise, Monsieur Sigrand propose au conseil de me nommer à la fonction de directeur adjoint au président et considérant «  le travail amené, d'établir un contrat  pour le mettre à l'abri d'un changement de majorité qui pourrait amener son licenciement »
Jo Célérier disait que j'étais « trop jeune pour être directeur général adjoint »
Il avait raison, trop... pour imaginer que tous les trois nous allions connaître la perfidie.
 
Je ne perdais aucun pouvoir, il me conférait « tous les pouvoirs de Président, sauf le remplacer eu égard au conseil d'administration, » et rendre compte. Je devais mettre tout en œuvre pour ouvrir la station fin de l'année.
 
Il était décidé d'emprunter trois cent vingt mille francs sur quinze ans à 5 pour cent pour réaliser les trois téléskis et de créer des bons de caisse remboursables à trois ans à un intérêt de cinq pour cent.
La BNP à la vue de l'engagement du département, des contacts avec des promoteurs qui réaliseraient le nombre de lits nécessaire au remboursement de la route, et avec la caution des administrateurs nous ouvrait les crédits pour réaliser la route.
 
Le cout de la route ne correspondait plus aux engagements de la commune. Elle devait revoir sa participation. Elle acceptait de couvrir vingt pour cent de la dépense. La route allait couter un million cinquante mille francs.
Elle sera belle.
La commune pouvait prétendre à des revenus en provenance de la taxe locale, qui devait augmenter avec sa nouvelle vocation touristique. Mais le gouvernement allait supprimer cette taxe pour la remplacer par le FAL « fond d'action locale. » qui était fondé sur le VRTS (versement représentatif de la taxe sur les salaires)
Cette réforme priva la commune de ressource.
A ma demande, La Satis ne lui demanda pas de rembourser cette participation.
A l'époque personne n'avait d'argent. La commune un budget de l'ordre de cent mille francs. Le conseil général un budget de 17.444.260 fr en dépenses et 18.779.218 frs en recettes, ce qui faisait ressortir un excédent de 1.334.958 frs. On était économe.
 
Chaque semaine de l'hiver, je devais me poster au col des Allaris pour l'étude d'ensoleillement de Pra Loup. Il fallait y être avant le lever du soleil, partir après le coucher. Il fallait partir du pont du plan à pied ou en peau de phoques.
Il fallait prendre toute les trente minutes une série de clichés pour suivre l'évolution de la course du soleil. Je n'ai jamais trouvé un amateur pour m'accompagner. Il faisait froid, le soleil arrive tard au Allaris, le jour est long.
Avec ces observations, l'architecte Dufayard, pouvait établir le plan d'urbanisme de Pra loup, en déterminant, l'implantation, la hauteur, le volume des bâtiments pour que chacun puisse jouir de la vue et de l'ensoleillement maximum.
Il faisait une maquette pour que chacun puisse mieux se rendre compte du « futur ». Cette maquette permis de communiquer. (voir photos)
 
Il fallait faire une étude de marché. Mais sur quelle base. On ne connaissait pas les projets des autres communes .On commençait l'époque des stations dites  intégrées »
La meilleure garantie de réussite était de réaliser plus vite que le projet de  voisin.
 
Durant l'hiver il fallait faire le tour des stations, des projets connus!
Il fallait tout mettre en œuvre pour démarrer les travaux dès que la montagne serait accessible, après la fonte des neiges et pour les terminer avant qu'elle le ne soit plus.
Cinq à six mois pour exécuter et ouvrir la station. C'est court.
 
Pierrot Rosetto prenait la direction du groupement des entreprises de la vallée pour réaliser la route.
Aucune n'était capable de répondre seule.
Il y avait encore des camions à entraînement à chaîne. Il fallait acheter du matériel.
Les ponts et chaussés de Barcelonnette, en vertu de la convention signée avec le ministère, surveillaient les travaux.
Après le bon sol du départ, il fallut traverser la zone rocheuse. Nous prenions du retard.
Pierrot Rosseto me dit «  je peux rattraper du retard, mais il faut me donner l'autorisation de faire des dégâts, en minant ».
 
J'évaluais: combien d'hectares de bois détruits, le cout, l'impact visuel, combien de temps la nature mettrait elle pour réparer. Faire fasse à la critique, être en retard, compromettre l'ouverture!
Il fallait dire oui.
Le chef mineur, Monsieur Soler, mina verticalement et horizontalement, avec un infime décalage entre l'explosion des mines verticales par rapport et celles horizontales.
Toute la vallée sut que l'on travaillait. Il fût utilisé une tonne cent de dynamite.
Pour le minage il fallait s'encorder, après l'explosion on pouvait passer avec les engins.
Les dégâts étaient sérieux, nous faisions des apports de terre pour favoriser la reprise de la végétation. La critique fût modérée, la nature a repris le dessus, quelques année après…
Nous avons trouvé une faille relativement verticale dans les rochers. Elle était profonde. On l'évaluait à plusieurs centaines de mètres.
 Après la roche ce fût le sol mouvant des roubines du lieu dit  « le paradis »
Il fallut faire un sol ciment.  Le tout-venant déversé était mélangé sur place avec le rippert.
Dix tonnes de ciment malaxés sur place.
 
Malgré ces mesures prises nous étions en retard. Au lieu de pénalités que je pouvais réclamer, je demandais à Pierrot Rossetto de m'acheminer les pylônes des téléskis par l'ancienne route de Molanes. Le père de Michel Brochier le fît avec son vieux camion à transmission à chaîne et sans direction assistée.
 
On pouvait passer sur le plateau de Bessan à Molanes à partir de la moisson. Malgré sa forte dénivelée et la présence de rocher la partie entre Molanes et Pra Loup se réalisa sans grande difficulté. (voir photos)
 
L'équipe de la Satis s'était agrandi, avec Albert Allemandi, Lucien Gastinel, Michel Brochier suivis de Daniel Tron, M Livache, M Martin M Lions M Pons.
 
La réalisation des fondations des pylônes des téléskis était confiée à Émile Sicard, forestier. Le montage commença après la moisson.
 
L'EDF se chargeait de nous monter l'électricité en vingt et un mille volts, moyennant une avance remboursable sur cinq ans.
Alpes Provence réalisait la partie transformation et l'antenne basse tension. Cela comprenait un transformateur à Pra loup, une ligne jusqu'au départ du Péguieou, un transformateur au département.
Pour dissimuler cette ligne moyenne tension, on la fît sur poteau bois et avec un léger angle. Cinquante ans après elle est toujours là.
En creusant les fondations du transformateur du périgueux on trouvait des armes, elles devaient dater de l'époque de Napoléon.

Les télécom  demandaient le financement de la ligne de Barcelonnette à Pra Loup.Nous ferons sans liaison la première saison.

Pour L'eau: On se contenterait la première saison de l'eau du ravin.
 
Notre équipe réalisait le déboisage des pistes  et le montage des téléskis avec l'assistance de Pomagalski.. (voir photos)
La commune  par délibération nous donnait le 5 Juillet  1961 l'autorisation de réaliser des remontées mécaniques et de passer sur les terrains communaux.
On devait souvent «  mettre la charrue avant les bœufs », conforter par écrit et après ce que nous avions déjà entrepris sur accord verbal.
 
Le 27 juillet Jean Sigrand signait avec la SAFA d'Allos un accord leur conférant l'exclusivité pour l'exploitation des vallons des Agneliers. La Satis imposait à la SAFA l'obligation de réaliser un Hameau au Agneliers .
Le but était de créer un point chaud, pour sécuriser la liaison.
 
Par la suite la commune achetait la ferme des Agneliers haut pour y faire un refuge... elle avait échappé à la mise à feu par la résistance pour servir de signal aux avions parachutant des conteneurs ….elle fût démolie pour faire une réserve d'eau... Le feu et l'eau effacent les souvenirs... Il ne devait pas y avoir de place ailleurs!!! une erreur!
 
La Satis se déclarait favorable à la création d'une société d'économie mixte engageant non seulement la Safa et la Satis, mais une trentaine de communes des deux Vallées de l'Ubaye et du Verdon.
La Safa était dirigé par Nicolas West et Jo Garcin, favorables à ce projet qui était souhaité par le commissariat au tourisme.
Emile Aubert avait fait un rapport au conseil général le 30 mars 1961 sur ce sujet, qui ne sera pas suivi d'effet.
 
Tout le matériel, et surtout les poids lourds, les pylônes, les tourets de câble devaient être en place avant  que le mauvais temps ne vienne. Septembre et octobre sont les meilleurs mois pour les chantiers.
Il ne fallait pas compter les heures, mais les économiser. Le casse croûte était consommé sur place. Il  fallait gagner du temps.
La neige arriva fin octobre.
 
Les téléskis de la Clappe et de Pra Chauvet  seraient opérationnels. Nous ne pourrions terminer le Péguieou pour décembre. Les dernières pièces furent portées à dos d'hommes. Les moins lourdes poulies, suspentes, perches. Il tournera en janvier. Sans distinction tout le monde s'impliquait à fond. Les remontées mécaniques devaient encore faire de gros progrès techniques. Le montage en était simplifié.
Les défis réunissent, ils solidarisent une équipe.
 
Nous avions choisi de réaliser Pra loup sous la forme de lotissement pour garantir son unité  architecturale, pour garantir les tiers. Il fallait en rédiger les bases. Le conseil me demandait de présenter le projet. Ce projet devait être mis au point avec l'architecte, et je devais recueillir les avis de l'équipement de Digne, de diverses chambres de commerces, de conseils juridiques. La sté juridique et fiscale  de Monsieur Clozel qui devint  le commissaire aux comptes, et un ami fidèle.
 
La forme de lotissement avait ses contraintes, il fallait réaliser la viabilité avant d'encaisser le produit des ventes. Bernard Arnaud commençait la réhabilitation de sa ferme, il fallait prévoir le rejet des eaux usées. Provisoirement il allait au printemps rejeter au ravin.
Je proposai un programme de captage d'une source sous Pra loup, par l'intermédiaire de la C.I.CA, elle même subventionnée par l'article 13 de la convention, qui liait l'EDF et le conseil général.
La commune refusant la prise en charge, la Satis offrait de prendre en charge les annuités d'emprunt.
 
On retardait toutes les échéances financières et on accélérait toutes les réalisations.
 
Jean Sigrand prenait en charge les besoins en trésorerie. Les communes de Barcelonnette acceptaient de donner leur garantie, condition obligatoire  pour obtenir les prêts privilégiés mis en place par l'état. Les communes demandaient en retour nos garanties personnelles.
La BNCI accordait un découvert de cinq cent mille francs contre les mêmes garanties.
 
L'ouverture de la station devenant une certitude, il fallait réaliser une construction, faisant office de restaurant, de point chaud. Il serait loué.
 
Je trouvai un baraquement chez les Ets CERF.   Il rappelait les baraques Adrian d'après 1918, qui  furent utilisées dans l'attente de la reconstruction.
La baraque fût montée en octobre.
Monsieur Boui, du Sauze, devint le premier restaurateur de Pra Loup.
 
Son chien « Wolf » un vrai loup devint le premier habitant permanent de la station qu'il ne voulut plus quitter.
 
L'idée de société d'économie mixte progressait avec la lourdeur habituelle que demande la création de ce genre de structure.
Le Préfet représenterait l'autorité de tutelle, six conseillers généraux, Maitre Delorme président du conseil général, Monsieur Tournet représentant le commissariat au tourisme, 32 communes et enfin la Safa d'Allos et la Satis dont le représentant occupant un siège d'administrateur, serait Monsieur Célérier.
 
Cette composition imposante mis fin au projet de cette structure départementale.
La satis avec ses petits moyens avançait plus vite.
 
Monsieur Celerier, au nom de sa firme « PHOSCAO » fournissait le balisage des pistes.
 
La station ouvrait le 20 décembre 1961: voir les photos

La maitrise foncière réalisée avec l'accord de tous, la station peut se développer sans contrainte

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