Saison 1967 / 1968

 

 

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par Louis Lequette
 
L'effort réalisé l'an passé aurait pu nous faire mériter de faire une pause.
C'était impossible, nous étions poussés par le succès, par l'immobilier.
 
Dès 1966, Jo Célérier avait décidé de réaliser le Marmotel. Il m'avait demandé de l'accompagner sur le terrain. Ma mission était de l'aider à convaincre sa belle mère, Madame Leroy de Chaudens, car elle devait financer l'opération. Bras dessus, bras dessous, tous les trois, car belle maman avait déjà un certain âge, nous nous promenions sur le terrain, et Jo Celerier décrivait son projet.
L'hôtel devait comporter 100 chambres clients, de part et d'autre d'un grand patio, que sa fille Madame Marguerite Celerier devait décorer de manière exceptionnelle.
L'hôtel  fût jumelé avec un hôtel de Sousse et inauguré par le gouverneur de Sousse, M. Amor Chechia et le Préfet des Basses Alpes M. Thisy.
Cet hôtel apporta beaucoup à la station. C'était 35 employés, dix moniteurs à temps plein et un chiffre important pour les remontées mécaniques.
Le conseil mettait au point avec Monsieur Celerier la distribution du bâtiment permettant d'accéder au télécabine de Costebelle, à l'hôtel et aux pistes.
Un hôtel ne pouvait être mieux placé (voir coupure presse)
 
Monsieur Brun, propriétaire de la ferme du Prieuré, à qui nous avions laissé la jouissance des lieux pour ne pas troubler sa retraite, décédait. Comme Monsieur Ricaud des Moîs, Monsieur Brun m'avait recommandé  de respecter les bois de la Garcine, car l'avalanche s'était une fois arrêtée près de chez lui. Il m'instruisait sur le passé de la commune. L'église de Molanes avait été réalisée avec des pierres extraites de la carrière sous « Molanes ». Les moines avaient résidé, organisé l'arrosage et le drainage des terres.
La ferme allait se transformer en hôtel et conserver le nom.
 
La situation financière n'était plus exsangue.
Nous avions réalisé un bénéfice de 125,115 francs tout en amortissant 565.670 francs.
Le conseil décidait de clore l'augmentation de capital à 2.160.000 francs. C'était peu pour réaliser une station.
L'objectif était de construire après l'hiver 67/68,  les téléskis de Langail, des Bergeries et de Gimette. Et ce fût fait.
Les pistes avaient été transformée par notre Allis Chalmers.*
La construction du télécabine était envisagée, mais pas arrêtée.
Cela ne me satisfaisait pas car nous allions manquer de débit au départ de la station.
 
Avec Jean Pomagalski j'allais voir une de ses premières réalisations dans le Vercors. Le plafond était bas et descendait rapidement.  Notre hélicoptère fût obligé de suivre la route, le seule repère.Le pilote nous demandait de bien observer car des lignes de haute tension traversaient la vallée.
En arrivant sur le site nous découvrions les hommes chargés de la conduite de l'appareil plongés dans un profond sommeil.
L'automatisme veillait.  Je pense que ce fût un élément décisif dans mon choix.
 
L'hiver fût particulièrement enneigé. La hauteur au Péguieou était telle que toutes les potences du téléski étaient relevées au maximum. Malgré cela le câble était à la hauteur des skieurs et parfois l'accrochage des perches glissait sur le câble.
 
L'avalanche de Gimette décrochait sous le bosquet, peu avant les congés de février.
Elle embarqua le transformateur. La gare n'avait rien.
C'est dans ces difficultés que l'on pouvait juger de la valeur de notre équipe.
Nous avions acheté un télex, ce qui permit de raccourcir les délais de commande.
En quinze jours, un transformateur était livré, installé dans une cabane en fer provisoire.
Les branchements étaient réalisés et le téléski pouvait reprendre le service pour les congés.
 
Sur la route de Pra loup plusieurs avalanches décrochaient.
Cela n'entamait pas le moral des troupes, au contraire, comme on peut le constater sur les photos ci jointes
Même au  Pra Chauvet on vit la neige glisser.
Heureusement, que nous avions pris la décision d'acquérir une chenillette Ratrac, un Unimog Mercedes avec une remorque pour faire les ordures ménagères. Le plus gros travail de l'hiver fût le déneigement.
 
Toutes ces difficultés d'exploitation n'affectaient pas l'exploitation de la station.
Il fallait être plus prudent, plus vigilant, car les skieurs semblaient euphoriques par cette abondance, prêt à faire n'importe quelle « expérience ou fantaisie » sans se rendre compte du danger potentiel.
 
Une journée je pris la décision de fermer la Clappe pour des raisons de sécurité. La neige était profonde, dangereuse. J'ai eu un véritable piquet de grève devant le bureau.
Sous la pression j'ouvrai une piste, prévenant ces « intrépides » qu'au moins l'un d'entre se casserait dès  la première descente.
Albert Allemandi, avec ses jambes et moral d'acier était d'accord disant devant eux« si cela leur faire plaisir de se casser ». Pour inciter à la prudence il montait le premier avec une barquette et descendit peu de temps après avec la première jambe cassée »
Le blessé nous dit « nous étions prévenu ».
 
Sous l'impulsion du Maire de Jausiers, Monsieur Martin et de Monsieur Richaud, Monsieur Bernard Ricard envisageait de créer une station à Restefond. J’allais, à leur demande observer le site.
Bernard Ricard s'adressait à l'ingénieur Michaud, recommandé par Monsieur Dumas, à l'époque conseiller général de Chambéry. * Monsieur Michaud faisait autorité, en matière d'aménagement de la montagne.
« Il n'y a rien de plus candide qu'un financier sur la neige »affirmait Michaud. «Il cède au romantisme, ce mal de la montagne. Alors qu'il faut travailler avec une machine à calculer »
La balance touristique de la France penche du mauvais côté. La montagne pourrait aider à la redresser. Mais où doit on implanter des stations? Quels projets faut il encourager pour qu'ils soient rentables ».......
La tentation était grande de voir la Satis prospérer, exploiter ce site.
Mais un an plus tard, je devais conclure  que Restefond serait « une station de haute altitude et de petites dénivelées avalancheuses » La conclusion devait être motivée. Je joignais un film. Avec beaucoup de chances et de risques, j'avais réussi à filmer les avalanches qui décrochaient.
C'était le meilleur inventaire de ces nombreuses avalanches.
C'était la mission que m'avaient demandé Armand Richaud  et Monsieur Martin. (voir coupure presse)
Par la suite je défendais la route devant le conseil général. Jacques Médecin avait décidé de faire la plus haute route d'Europe.
 
L'hiver se termina avec une forte augmentation du chiffre d'affaire. Nous passions de 900.000 à 1.200.000 mille francs.
 
Michel Peyricard réalisait une série d'émission sur la « France défigurée ». Notre architecte Urbaniste voulait réaliser à Pra Loup une tour, comme à Sestrières. J'avais été voir. Je trouvais que cela défigurait la montagne.
Je lui téléphonais en lui disant de venir voir, « ce qui allait peut être défigurer Pra Loup ».
Il accepta.
Le lendemain de l'émission, Monsieur Chalandon me faisait téléphoner.
Le problème était réglé, malgré les difficultés juridiques (modification par arrêté préfectoral du lotissement) et financières (surfaces de plancher à respecter pour satisfaire le promoteur)
 
C'est ainsi que nous avons « la voile des neige ».
 
L'administration des domaines nous avait donné l'autorisation de réaliser le téléski des Bergeries et de Gimette, dans « leur forêt domaniale » moyennant une redevance et l'attribution de cartes gratuites pour aller surveiller cette «forêt domaniale».
Surveiller quoi? On se demandait?  imaginer quoi «  la pousse des arbres », il n’y en avait pas !
De plus leur concession précisait que ce passage des pistes et des remontées était accordé, « à titre précaire et révocable ».
C'était peu incitatif, nous dépendions d'un bon vouloir, ….de qui et lequel ?
Nous devions trouver le moyen de régler cette situation. Il me fallut plusieurs années.
 
Le conseil évoluait.
Le docteur Groues était décédé. Le conseil me nommait administrateur.
André Gandoulf était reconduit à la présidence. Le conseil me nommait directeur général adjoint avec les mêmes pouvoir que le Président. *
Honoré Bonnet démissionnait de son poste d'administrateur, pour pouvoir bénéficier d'un contrat de « directeur technique » et il prendrait ses fonctions le premier juillet 1968.
Monsieur Seneclause le remplaçait comme administrateur.
 
L'hiver 1968-1969 devait se préparer.
Les relations avec Jean Pomagalski étaient devenues amicales. Son entreprise se développait rapidement, et  je connaissais la plupart de ses premiers collaborateurs. J'allais trainer dans ses ateliers et bureau d’étude. C'était instructif.
En mai je prenais rendez vous avec Jean Pomagalski à Fontaine (Grenoble). Son modèle de pince à compression était plus fiable que celle de Weber à crémaillère.
Les cabines étaient très esthétiques.
En fait ce télécabine faisait partie d'une nouvelle génération.
Il fallait se mettre d'accord sur le prix, les délais de livraison, l'assistance au montage....
 
Je commandais et poursuivais ma route vers Paris pour voir Jean Sigrand.
 
Arrivé à Denfert Rochereau, les manifestants voulurent me retourner ma voiture. Je plaidais la cause du travailleur, ils m'épargnaient et j'arrivais Boulevard Sébastopol.
J'ignorais cette soudaine poussé de revendications.
En Ubaye on est toujours en retard....
 
C'est la seule fois que je vis Jean Sigrand en colère. « Vous ne vous rendez pas compte dans quel état est la France, et vous avez commandé un télécabine, vous allez nous ruiner »
Heureusement pour moi quinze jours après, étaient conclus les accords de Grenelle.
Parmi ces accords les marchés publics étaient revalorisés pour satisfaire les industriels et les entreprises.
Jean Pomagalski me téléphonait pour réviser les conditions financière du  marché.
Je lui faisais remarquer que nous avions arrêté un marché public et non privé, qu'il avait du se couvrir en matière.
Nous venions de gagner 15% sur le coût du télécabine. Le télécabine nous coutait un million soixante et un mille neuf cent soixante francs.
 
La station serait bien équipée pour l'hiver 68 69.  Nous refaisions un encart pour annoncer ce nouveau télécabine.*
Le montage fût difficile. La neige arriva avant que nous ayons terminé. Les délais étaient respectés.
L'équipe fût formidable
 
Joseph Comiti ministre des sports allait venir inaugurer fin décembre
.
et Pra Loup était en fête....... nous devenions une grande station nationale.

 

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