Saison 1980 / 1981

 

 

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Retour SATIS

par Louis Lequette
 
On ne peut dire que cette période fût calme et que la cohabitation fût agréable.
 
Le bras de fer s'instaurait, l'équipe De Alexandris - Gandoulf - Bonnet était convaincue qu'ils allaient faire « plier » la commune.
Ils ne signeraient pas de  concessions, disposeraient des terrains communaux....
La mairie était à leur disposition. Elle assurerait la sécurité, les droits de passage, la promotion.....les risques des garanties d'emprunts
 
Au Mexique « les intermédiaires sont raisonnables dans leurs prétentions »........
C'était peut être une invitation.....
 
Certes la mairie avait fait tout ce qu'elle pouvait pour aider la Satis à naître.
Elle souhaitait encore l'aider, mais les rapports entre les collectivités et les exploitants avaient évolués. Avec un temps de retard le gouvernement avait légiféré.
 
Imaginons qu'un maire accorde toutes les facilités à la société dont il est le directeur général !
Que de soupçons en perspective !
C'était cela que voulait l'équipe, et ils le dirent, il leur fallait« un maire salarié de leur société ».
Il le dirent  lorsque, pour connaître leurs intentions, je leur demandais « vous voulez que je démissionne de la place de Maire.? »
 
Sans grand succès ils allaient voir le préfet.
Ils décidaient de porter l'affaire devant le tribunal administratif. Ils voulaient faire annuler les acquisitions d'actions par l'Office de Tourisme. Cette transaction avait reçu l'aval de l'administration.
L'Alpe d'Huez en faisait l'expérience.
L'aval du gouvernement, de l'administration, qui appuyait la commune qui suivait les directives.
 
En m'écartant du conseil, en réclamant ma démission de directeur général, et finalement en me licenciant, ils me plaçaient dans une position juridique confortable.
Nous restions courtois.
 
Une fois néanmoins, le président était seul en face de moi dans mon bureau. Il m'assenait de reproches, de fadaises, de fautes artificielles.
Je me levai rapidement pour lui dire « vous savez comment nous traitions des gens comme vous à la coloniale ».
Il eut tellement peur qu'il tomba de sa chaise et fit un malaise. J'étais amené à le soigner et à le ramener chez lui.
Je me rappelais qu'il m'avait déjà fait un malaise en traversant le vallon des Agneliers, en peau de phoques par le col de Sestrière. J'avais heureusement ce qu'il fallait en poche pour remédier aux chutes de tension.
 
Je commençais à bien connaître ses limites.
 
Je proposais à De Alexandris d'acquérir leurs actions.
Ils estimaient la Satis à cinquante sept millions huit cents mille francs.
A l'époque on parlait que Vars allait se vendre entre 25 et 30 millions.
On pouvait prendre son estimation pour un compliment, j'allais m'en servir...
 
Le préfet acceptait de nous réunir pour trouver une solution à cette impasse.
De Alexandris, A Gandoulf et H Bonnet défendaient leurs intérêts et je défendais la municipalité.
Monsieur Relave du Seatm, le directeur de l'équipement Mr Drevon assistaient.
 
Le directeur de l'équipement faisait valoir qu'il y avait beaucoup de  surface à bâtir. J'étais obligé de le tancer, de le prier de ne pas défendre les promoteurs.
 
Certes, il y avait des terrains, mais nous devions nous soumettre aux procédure des UTN et des PPDT (unité touristique nouvelles et plan pluriannuel de développement touristique) et nous avions un Pos, et il fallait vendre ces terrains.
C’était  une valeur potentielle.
 
Honoré Bonnet exposait les possibilités de développement.
On pouvait développer vers le Villaret, faire un téléporté partant des Chapeliers qui deviendrait la porte d'accès de la station. On pouvait étendre les constructions sur les plateaux de Bessan.
On pouvait équiper les Séolanes, doubler le télésiège des Molanes, faire des parkings à Molanes.
C'était un développement éventuel à réaliser.
 
Lorsque l'on vante autant une marchandise, c'est que l'on est vendeur.
 
Au bout d'un moment la valeur de la Satis diminuait de presque la moitié. C'était encore trop au regard de la valeur payée pour les premières transactions. C'était un problème d'équité, un cas de conscience.
Comment réajuster les transactions passées? Nous n'avons pas trouvé de solution, dans le cadre du code des marchés.
La station ne pouvait rester longtemps dans une impasse.
Sous l'autorité du Préfet nous arrêtions la valeur de 700 francs l'action et convenions d'un délai de réflexion.
Le conseil devait être consulté. Sur cette base, la valeur globale de la Satis était estimée à 15 millions et non 57 millions.
 
André Gandoulf se déclarant solidaire de De Alexandris demandait une estimation de la Satis.
Il proposait le Cabinet Roux, qui avait déjà travaillé pour la SATA, exploitant des remontées mécaniques de l'Alpe d'Huez
Il m'écrivait «  mon cher Louis ». Mais il rejetait, toutes mes tentatives de conciliation.
Il votait mon exclusion.
Leur proposition d'indemnisation était ridicule. Elle ne tenait même pas compte des plus élémentaires règles.
Nous en arrivions à porter cette affaire devant la justice.
L'avocat de De Alexandris fût requis. Nous allions le retrouver dans toutes les affaires, adversaire de la commune, défendant Transmontagne, les faux en écriture. Nous y reviendrons.
 
Sous la signature de deux conseillers, la mairie avait  envoyé une lettre aux actionnaires leur confirmant que nous pouvions acquérir leurs actions.
Nous avions proposé de doubler la valeur du nominal soit 200 francs par action.
Nombreux étaient ceux qui souhaitaient vendre.
Nous avions déjà acheté pour 700.000 francs d'actions avec l'autorisation de l'administration.
 
Le conseil d'administration de la Satis, sur proposition de Jean Sigrand, décidait de démissionner dans son ensemble et de convoquer une assemblée générale.
Il notait « que les oppositions avec le conseil municipal se sont aggravés par  la révélation de la prise de participation à notre capital . »
 
Je tentais une nouvelle tentative de médiation en demandant que trois postes d'administrateurs soient réservés à la mairie.
La réponse fût sans appel. Le résultat des votes le montre clairement.
La Famille Sigrand et les trois représentants de la commune sont éliminés.
 
Devant ce blocage le conseil municipal décidait de poursuivre les acquisitions d'actions, sous couvert et avec non seulement l'autorisation mais les encouragements de l'administration.
 
La presse résumait la situation.
 
De Alexandris était renouvelé à la présidence
Il s'allouait 11.000 francs par mois.
Maniant l’ouverture, il bluffait le conseil avec des positions intransigeantes.
Le 2 février 1980, il disait à son conseil d'administration, avoir entrepris des actions auprès du sous préfet, du préfet, du ministre.
 
Il dissimulait la vérité.
Il avait en mains la lettre du Préfet du 5 novembre 1979, adressée au ministre de l'intérieur, confirmant que la délibération du conseil municipal qui décidait de l'acquisition d'actions serait exécutoire le 4 janvier 1980.
 
Personne ne faisait attention à l'esbroufe, aux contre-vérités.
Au contraire, le conseil municipal, en déduisait qu'il allait vendre, histoire de temps et d'argent.
Et puis il devait savoir, que dès 1980, André Gandoulf avait fait une offre de vente, à la municipalité sous réserve du cours.
Le conseil municipal restait discret pour ne pas faire inutilement monter la polémique, je restais en contact avec André Gandoulf.
Malgré notre réserve, des informations filtraient par la Satis, habituée aux conférences de presse.
cela détériorait l'esprit de courtoisie........
 
L'adjoint rappelait " qui souffle le vent, récolte la tempête"
 
L'obligation d'aboutir à la transformation de la Satis de Sté privée en Sté d'économie mixte progressait.
Certain de l'aboutissement de cette transformation, le conseil municipal demandait l'intervention du service d'étude et d'aménagement touristique de la montagne pour élaborer le devenir de la station.
Une analyse du domaine skiable s'imposait.
 
Enfin, André Gandoulf et De Alexandris décidaient de vendre leurs actions à la mairie.
Ils en informaient le conseil le 11 octobre 1980.
 
Thierry Gandoulf et Honoré Bonnet démissionnaient.
 
En janvier  1981, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie, le ministre du budget, le ministre des transports, signaient un arrêté, approuvant l'acquisition par la commune des actions de la Satis.
 
J'allais devoir assurer, l'intérim par cooptation, la fonction de Président, jusqu'à la prochaine assemblée.
Pierrot Rosetto était nommé administrateur. Je retrouvais, un ami  avec qui j'avais réalisé la route d'accès en 1960.
 
L'opération du Signal, en multipropriété, tournait au désastre.
Nous avions sur le dos un redressement fiscal.
Il nous fallait rénover le parc des remontées mécaniques.
 
Guy Lyons assurait avec dévouement et compétence, la direction de la station durant la saison d’hiver.
 
Un hiver sans aucun problème se déroulant à la satisfaction de tous.
On pensait à l'avenir de la station.         

 

 

 

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