Saison 1987 / 1988

 

 

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par Louis Lequette
 
 
Rares sont les sociétés qui s'auto-détruisent par plaisir.
 
Jusqu'alors véritables  jocrisses, certains  administrateurs qui avaient approuvé toutes les déclarations du président commençaient à s'interroger.
La Scet et la Cdc continuaient béatement à jouer les benêts , affirmant « accompagner l'autorité politique en place ».
Lors de mes entretiens avec Pierre Richard, directeur général adjoint de la Caisse des Dépôts, et Monsieur Constantin, son sous-directeur, nous avions pourtant fixé, ou je n'avais pas compris... que la caisse devait remplir un rôle prépondérant, actif, primordial dans le développement de Pra Loup.
 
Pourquoi ce ressort s'était t il cassé? Les tergiversations découlant des guerres intestines en étaient peut être la cause.!
Nombreux étaient ceux qui commençaient à se poser des questions sur les motivations du président.
 
Volonté de minimiser l'outil pour le transférer à bon compte?
Déstabilisation politique?
Consolider le dossier de plainte contre X?
Ou simplement  manque de maturité?
 
L'assemblée générale approuvait les comptes se soldant par une perte de 9 161 428 francs
Elle émettait des réserves sur la remise en cause du montant des livraisons à soi-même, sans aucune analyse, pire sans connaissance.
Personne ne soulevait l'énigme du  vol de la recette de quatre jours, l'absence de règlement de factures de forfaits de remontées mécaniques.
Le rapport du commissaire aux comptes sur l'article 101 éludait ou ignorait certains intéressements.
Dans un rapport confidentiel,  était quand même soulevé, des discordances dans la tenue de la comptabilité en 1987. Des écarts « entre les caisses et les factures ». Nous  allions bientôt trouver des explications dans un coffre.
 
La propension à admettre toutes les affirmations s'amenuisait.
La période de grâce s'estompait.
Le commissaire aux comptes ne faisait aucune allusion sur le passé mis en cause, et pour cause, il en était!
 
L'analyse financière faite par le nouvel expert, montrait une dégradation.
Le chiffre d'affaire des remontées diminuait.
La publicité négative  n'y était pas pour rien, s'ajoutait également les conditions météorologiques. L'esprit de l'entreprise, s'étiolait.
J'entendais des chefs d'équipe …....« Faire ça ou peindre la girafe »
Il nous restait une réserve foncière bâtie et non bâtie importante, fallait-il vouloir la réaliser!
 
Pour des intérêts individuels, comme le refus de concurrence commerciale à Molanes, nous refusions des ventes. Nous recherchions apparemment la difficulté. L'échange de correspondance avec Maître Carraset-Marillier confirme cette position incompréhensible.
 
Le Cabinet Demay et Pottier estimait en 1987, la valeur d'utilité à 64.859.600,00 francs valeur confirmée en 1990 par l'expert Tardy à 83.954.000 francs. Valeur volontairement minimisée.
Les nouveaux, (conseiller juridique, comptable, commissaire au compte), avaient tendance à noircir une situation déjà suffisamment difficile.
Ils s'adaptaient aux nouvelles directives du président!
 
La station de Tignes se sortait de ses difficultés en obtenant des droits à construire, nous nous faisions le contraire! Nous avions 25.342 mètres carré de planchers à construire, on en diminuait la surface à 18.039 mètres.
La valeur de transaction était de 1000 nouveaux francs hors taxes. 
Aucune entreprise ne dévalorise autant ses actifs!
 
Cette réserve foncière attirait, et elle pouvait encore être améliorée.
 
Le président du syndicat intercommunal de l'Ubaye venait me voir en mairie  avec Jacques Ribourel, président du groupe immobilier éponyme, pour prendre le contrôle de la Sem Satis.
Ribourel était en difficulté, et allait être repris par le Crédit du Nord.!!!
Cette démarche mérite d'être soulignée et conservée en mémoire.
 
Le télésiège du Pouret était enfin inauguré le 3 janvier comme un grand succès.
Enfin une réaction, une publicité positive.
Le Dauphiné saluait « les clefs d'un nouveau domaine skiable », un « domaine exceptionnel ».
Mais l'article relatait des problèmes avec Allos, qu'il était peu opportun  d'étaler.  Ces informations inutiles pour le public,  car réductrices en matière de publicité, venaient du président.
 
Le maire d'Allos avait demandé au Préfet d'organiser une réunion entre responsables.
 
La réalisation du Pouret avait été marquée par un parcours difficile.
Et pourtant:
Le préfet avait le 11 décembre 1985, autorisé la D.D.E à assurer les études et la direction des travaux.
Le 18 novembre 1985, les travaux étaient interrompus par arrêté préfectoral.
Le 30 décembre une réunion devait aborder les divers problèmes.
Le 5 août 1986 le préfet signait l'autorisation de construire.
Le 22 novembre 1986, le préfet signait l'approbation de PIDA.
Le dossier Pouret
 
La presse n'avait pas tort en titrant « Grande manœuvre autour de Pra Loup.
Ou encore « Pra Loup doit rester dans la vallée » « Faut-il hurler avec les loups? »
 
Il fallait flatter l'opinion, démontrer que les élus étaient soucieux de l'emploi,  il fallait gagner des électeurs.
Les retombées économiques de Pra loup, des stations étaient évidentes.
Le Sivm et Barcelonnette décidaient de créer une nouvelle SEM pour reprendre Pra loup, alors qu'ils avaient  refusé de participer à une augmentation de capital.
Ils voulaient dominer.
Personne ne savait, que Monsieur Lanfranchi, président du Sivm, avait présenté, Jacques Ribourel le promoteur, pour une reprise de la station.
 
On commençait ou on continuait à jouer au poker menteur.
 
On mentait sur les propositions de reprise de la Société Touristique du Mont Blanc (STMB), qui offrait de reprendre l'activité des remontées mécaniques ce qui nous permettait d'apurer tous les comptes.
Le conseil municipal d'Uvernet faisait passer dans la presse, sa décision d'accepter d'abandonner sa majorité dans le cadre de l'augmentation de capital.
Pour calmer mais rien ne fit!
 
La STMB était côtée en bourse au deuxième marché depuis 1985.
La STMB ne reprenait que les actifs liés à l'exploitation des remontées mécaniques.
Elle en donnait 36 millions de francs. La Satis conservait les autres biens fonciers bâtis et non bâtis.
La STMB conservait tout le personnel.
La STMB acceptait de majorer son offre de 20%  au delà d'un chiffre d'affaire de 21 millions.
La STMB acceptait de passer avec la commune les conventions, préconisées par la loi montagne et la loi TPIL. (Transport Public d'Intérêt Local)
La STMB nous donnait la contre garantie de la Compagnie des Wagons Lits
 
C'était pour l'Ubaye, le meilleur partenaire ….
Nous avions à faire à des repreneurs de grandes qualité, de grande courtoisie et d'honnêteté.
 
Mais la STMB,  ne répondait pas aux critères que voulaient ces élus qui  manipulaient leurs collègues en ne révélant pas le contenu de cette proposition. Ces collègues ne pouvaient que suivre aveuglement!
 
De la même façon on  allait, nous imposer, imposer à l'Ubaye.....Transmontagne!
 
Un de mes chefs d'équipe me téléphonait pour me demander s'il pouvait déménager un petit coffre désaffecté et s'il devait l'ouvrir avant de le porter à la décharge.
Non seulement je lui disais oui mais j'ajoutais...en riant.. « ce n'est pas tous les jours que vous pouvez vous payer un coffre »
 
La surprise était totale. Se trouvait dans ce coffre de nombreux chèques, dont les dates d'émission s'étalaient du 9 juin 1986 à fin 1987.
Ils avaient donc été déposés durant la nouvelle présidence et direction de la Sem.
 
Un chef d'équipe, Daniel Tron, avant d'être congédié, disposait seul de ce coffre pour y mettre, d'un jour sur l'autre, les chèques d'avance demandées par nos collaborateurs et une réserve de détonateurs.
 
Il était impossible de ne pas faire une relation avec le précédent vol que la presse avait décrit avec suffisamment de sous entendus.
Quatre jours sans remettre la recette des remontées mécaniques en sureté dans une banque.!
 
Les cambrioleurs étaient passés par la porte. Ils avaient cassé la vitre trop haut, pour faire croire qu'ils étaient passé par là.
La BR en déduisait qu'ils étaient rentrés avec une clef et avaient cassé à la hâte, la vitre trop haut en sortant!
 
Les voleurs avaient pour travailler tranquille, déplacé le gros coffre. Ils avaient obligatoirement été obligés de passer devant ce petit coffre.
 
Lorsqu'un gendarme avait posait cette question, « pourquoi les cambrioleurs n'ont pas ouvert ce coffre » la réponse avait été « dans celui ci il n'y a pas d'argent »
Lorsqu'ils avaient demandé « ouvrez ce coffre » il avait été répondu « nous n'avons pas la clef »
 
Lorsqu'ils ont interrogé la comptable, elle confirmait et déposait en ce sens "avoir remis la clef au président en présence du directeur, ainsi que le code AAA". Un chef d'équipe présent, a également  témoigné, et précisé cela par écrit.
 
La presse une fois de plus avait matière à se déchainer.
Un administrateur se trouvant à Paris déclarait «avait il besoin d'ouvrir ce coffre! »
Pour une société en difficulté cela faisait, 180 millions de centimes plus 75 millions qui avaient disparu (au moins durant un temps) . Un inspecteur me disait « c'est ce que l'on appelle mettre au frigidaire ».
 La presse parlait en centimes pour faire davantage d'effet et notait la légèreté de la gestion.
Ce n'était pas encore une publicité positive pour la station.
Une nouvelle plainte déposée ne fût pas suivi d'effet ? Le procureur Weisbuch ne donnait pas suite!
 
La SCET poursuivait l'étude de faisabilité du projet de création du centre de « phyto-balnéothérapie ».
Je me refusais à tous commentaires, faisant savoir que la mairie protégerait ses acquis.
La rédaction d'une note sur la Satis permettait d'éclairer le tribunal siégeant en matière commerciale.
 
Les juges choisissent la continuation.
La presse titrait « triple O.P.A sur Pra Loup »
La commune faisait le dos rond, et en accord avec la STMB, n'affichait pas sa préférence, car tout était entaché de soupçons!
 
Le président voyait dans la décision du tribunal, sa victoire qu'il allait fêter chez Paul Bocuse, déplacement et agapes au frais de la Sem Satis.
 
Ce n'était pas la seule largesse. Il fallait élargir le cercle des relations, les élections de 1989 approchaient.
L'Asa représentait un potentiel de voix, avec le cousin de Jean Chabre comme président. Il pouvait drainer des voix.
 
Les renseignements généraux m'informaient de la suite donnée à la plaine contre X déposée par Follacci. J'étais en première ligne.
Le procureur de Digne avait demandé à la cours de cassation de désigner la juridiction qui pourrait être chargée de connaître les poursuites à mon encontre .
J'avais d'après l'inspecteur rien à craindre, il avait eu connaissance des faits reprochés.
 
J'avais néanmoins hâte de savoir. Je demandais donc un rendez vous à Weisbush.
Un ami, maire de Curbans, m'avait dit méfie toi, « il veut te mettre au trou »
Après des hésitations,  prétextant une faute de procédure, il accepta de me recevoir.
 
Il avait une réputation forgée par plusieurs affaires, des proxénètes à Grenoble, l'affaire de la petite Céline, l'adjoint de Forcalquier....
 
A peine dans son bureau il me dit « arrêtez de faire de la politique, nous avons des gros dossiers sur vous ». Je répondais que j'étais venu pour en prendre connaissance.
 
Il y avait une armoire derrière son bureau. Il se leva et en sortit un gros dossier fermé avec une ceinture textile.
Il sortit un premier dossier. « Parlez-moi des Marmottes Bleues »
Le promoteur de cet immeuble avait fait faillite. Lors d'une réunion du conseil de la Banque de France, j'avais rencontré des entrepreneurs impliqués et qui risquaient de perdre gros.
Je leur avais conseillé de former une Sci selon la loi de 1938, de faire une offre au tribunal pour racheter et poursuivre l'achèvement.
Ils m'avaient écouté. J'avais demandé au maire de Château Arnoux, Jo Escanez, conseiller général comme moi, de m'assister dans ce dossier pour que l'on ne puisse pas lui donner une connotation politique.
Le montage avait bien marché et ces promoteurs occasionnels avaient même payé à la Mairie les taxes dues.
« ce dossier est parfait »
Il ne m'interrogea plus et sans autre appréciation, il refermait le gros dossier à sandow.
 
« Arrêtez de gêner le RPR et le Maire de Barcelonnette. »
Vous savez « même un homme honnête, au bout de huit jours au trou, il parle »
Et qu'est ce qu'il vous dit, « ce qu'on lui demande pour sortir »
Il me décrivait l’enfer carcéral !
 
En refermant le dossier, il me donnait la force de l'affronter, car j'étais sûr qu'il n'y avait rien à reprocher.
Je lui dis « si vous me mettez qu'une heure au trou et que vous en diffusez l'information, je n'aurai plus rien à perdre, et pas plus à vous dire »
« Vous dites cela mais vous verrez »
 
Je lui dis "Vous ne savez pas à qui vous avez à faire, je vais vous parle d'une histoire".
« A la fin de la guerre mon Père a été arrêté par la gestapo, pas un enfant n'a parlé.
Puis à la libération quatre allemands se sont rendus à mon frère et moi. Nous les avons ramené à la maison et nous avons conservé toutes les armes »
 
Il me dit «  c'est une menace? » et lui répondis « non ce sera une exécution pour vous et votre protégé »
Je n'entendis plus jamais parler de lui, sauf dans l'affaire Botton et Michel Noir.
 
J'avoue que j'eus une certaine satisfaction, lorsque Pierre Méhaignerie, a décidé de le déplacer d'office.
 
Quel  hasard, mon  affaire sortit juste avant les élections.
Weisbuch avait raison,  elle était bien signée par des politiciens.

 

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