Saison 1993 / 1994

 

 

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Retour fin de la Sem

par Louis Lequette
 
Avec l'acte de cession prenait fin la vie de la SATIS.
Elle avait 33 ans.
Ses actions valaient les Franco Russe
Les actions Satis
Dès la décision du tribunal, il avait bien fallu annoncer la nouvelle aux actionnaires.
Cette tâche désagréable me revenait.
Je devais préciser dans le détail le contexte politique qui avait amené leur société à cette fin.
La plupart des actionnaires m'avaient suivi dès la fondation de la Satis, dans un esprit de développement de la Vallée.
 
Sur ce point ils étaient satisfaits.
 
Mais il fallait leur annoncer la perte de leur investissement.
Un « fondateur » commerçant de la rue Manuel eut la gentillesse de me dire « nous avons investi pour le développement de la vallée. Nous avons récupéré par l'augmentation de notre chiffre d'affaire » Une parole réconfortante!
Personne ne contesta l'information, ni les actionnaires, ni encore moins... « les auteurs qui en portaient la responsabilité ».
La liquidation d'une société, comme le terme l'indique, voit le plus souvent ses valeurs se liquéfier et disparaître, malgré la vigilance du failli.
La liquidation d'une Sem qui de surplus passait dans les mains d'une collectivité laissait sans aucune réaction.
Lettre aux actionnaires
Ce qui appartient à tout le monde, n'appartient à personne.
Ce champ libre, amènera des convoitises... des profiteurs sans scrupule.
Avec le conseil municipal nous devions veiller pour « protéger le patrimoine collectif »
 
Personne ne pouvait se douter de l'avenir  que nous réservait Transmontagne!
Transmontagne se disait « portée » par la Lyonnaise des Eaux, liée à son patron Jérôme Monod, proche du pouvoir… du président Jacques Chirac...
Avec Philippe Lamour et Jérôme Monod, nous avions en 1960, parcouru, Bayasse et la Moutiére pour y réaliser un développement maitrisé à l'exemple du Queyras.
Les ambitions politiques, l'argent, font évoluer les bonnes intentions!
 
De Georges Langlois, extrait échos.. « selon les aveux enregistrés.. d'un ancien bras droit de Monod... une opération aurait permis la remise au RPR de 11 millions dont 7 destinés en 1994 à la campagne présidentielle. Le juge d'instruction Marx Laleix enquête » (Lyon)
Une autre affaire ou un lien ?
Personne ne pouvait se douter qu'avec la complaisance de responsables, Transmontagne allait amener douze stations dans la difficulté avec un dépôt de bilan retentissant et faire ainsi connaître à l'économie montagnarde son plus grand scandale financier.
Pra loup « restait dans la vallée. Dixit...Chabre » on avait rejeté la société touristique du Mont Blanc et bien d'autres très valable.
On  allait donner à Transmontagne la possibilité d'user de la manne financière de Pra loup, de disposer du chiffre d'affaire.
La remise en état de la route de Pra loup, un labour, était reportée à plus tard.. Le conseiller général ne défendant pas le dossier.... il fallait déplaire, pour favoriser le changement de Maire en 1995...
 
On ne fait pas de cadeau sans retour! Alors au profit de qui?
Une présomption politique de culpabilité ?
 
Le doute était dans les esprits, le doute!!!!
Si tout au contraire la puissance financière, ses relations amenaient un développement?
L'immoralité serait alors vite oubliée...
Remplacée par le profit,  par la fraude, serait-ce un moteur de relance!!
 
Cette manne, mise à la  disposition de Transmontagne, sans contrôle, allait servir de bras de levier à lever des capitaux, pour l'ascension du groupe.... de Pra loup à ….Zacopane ….à Dubaï 
 
Pour ce premier hiver, Transmontagne allait agir pour le compte du Syndicat Mixte et placer Bernard Goirand à la direction de l'exploitation.
 
Il m'avait envoyé son CV. Je lui avais précisé qu'il n'y avait pas de concurrence. Qu'il pouvait se présenter uniquement à Transmontagne.
Je le présentais à Pra loup, comme le fils d'un ami… qui de plus à la demande de Pomagalski avait accueilli mon fils pour le stage de fin d'étude des Arts et Métiers, à Agudio-Poma en Italie.
Transmontagne agit pour le syndicat mixte
Nos informations nous obligeaient à nous interroger, à douter, mais personne ou presque ne disant mot tout le monde semblait consentir. « qui ne dit mot consent »
.. et puis tout pouvait réussir..!
 
Très rapidement la commune d'Allos allait réagir.
Bien que d'une surface financière plus importante que Uvernet, la commune ne pouvait soutenir ses stations de la Foux et du Seignus. La Sté d'exploitation de la Foux n'avait pu honorer ses dettes envers la STUV filiale de la Satis, augmentant nos difficultés.
Nous ne pouvions mettre en demeure, ni réclamer pour ne pas provoquer, accélérer, un dépôt de bilan.
 
Le bilan de la Sem d'Allos fût néanmoins déposé. Le conflit allait éclater avec le Conseil Général.
René Céze, maire et conseiller général d'Allos faisait parti du RPR donc, de la même majorité.
 
Ainsi apparaissait qu'il ne s'agissait pas de problèmes politiques, mais d'honnêteté.
 
La meilleure façon de l'affaiblir était de le dénigrer. Ce fût fait avec la réalisation de la route du Mandarom réalisée par son entreprise....et bien d'autres sujets, bassesses peu honorables.
Le conflit entre Allos et le Conseil Général ira grandissant
 
Par ce dépôt de bilan de la Sem d'Allos, la commune se retrouva dans la même situation que Uvernet et voici ce qu'il écrivit.
 
« Le Conseil Général a alors pris la décision de retirer à notre Sem la gestion des remontées mécaniques.
Nous nous sommes élevés contre cette décision, mais sans succès, et c'est ainsi qu'un appel d'offres, ou il n'y a eu que Transmontagne, a été lancé.....
Entre nous la cause était entendue, ce qui a eu pour conséquence un désaccord important contre Rinaldi et Delmars, ainsi que la majorité du Conseil Général.
Résultat, j'ai voté à gauche, et Transmontagne 'viré'
extrait d'une lettre de René Cèze
Ce témoignage du Maire d'Allos résume parfaitement l'ambiance politique du moment!
Il faut saluer son courage politique....sa probité... oser affronter
 
« le courage c'est de dire la vérité, de renoncer à la gloire du mensonge qui passe ... »Jean Jaurès
 
Dans le Cantal, le journal La Montagne, et La Galipote essayaient d'attirer l'attention des élus et des assujettis.....sans grand succès.  La Galipote informait régulièrement, elle n'était pas entendue.
Une information sans succès.
La Galipote n'était pas attaquée pour ses révélations, car toutes leurs sources étaient fondées, vérifiables.
La majorité du Conseil Général était la même que dans les Alpes de Haute Provence... et reprenait la station de Super Lioran, pour la donner à Transmontagne.
La Galipote
 
L'équipe de la Satis avait été exemplaire, dévouée à Pra loup pour préparer l'hiver. Sur ce point les nouveaux maîtres ne pouvaient trouver une critique.
Ils allaient en chercher d'autres....
Lettre à Gillibert, préparation de la station
 
Le Conseil Général ayant pris les rennes, l'aide attendue des instances dépendant de l'état était débloquée, sous réserve, que le syndicat mixte soit maitre d'ouvrage.
Le Conseil Général voulait contrôler les marchés ! La commune ne devait pas être populaire pour les élections.
Le syndicat mixte allait avoir 950 958 HT d'aide dans le cadres des aides aux stations, ce qui avait été refusé à Uvernet, pour que nous puissions réussir.
Fonds d'aide aux stations, lettre Rinaldi du 3 décembre 1993
 
« Pra loup sera toujours la Satis » déclarait le député Delmars, pour justifier la mise à la vente d'anciens titres de transport, périmés depuis plusieurs années et portant le nom de la défunte.
Ces titres vendus étaient venus atterrir en grande quantité sur mon bureau de la Mairie, apportés par des employés attachés à leur station.
Copie de titres de transport de la Satis
Ils me reprochaient de ne pas agir....!
L'année précédente une caisse enregistreuse avait disparue. Une plainte avait été déposée « classée sans suite, une action publique éteinte.
Information du parquet, action publique éteinte
 
Si, on ne pouvait douter de tout. Cette déclaration du député, mettait néanmoins du piment, le doute sur cette vente de forfait périmé. Pourquoi utiliser des forfaits périmés?
Pourquoi elle motivait cette déclaration explicative....sommaire, la main sur le cœur?
Pourquoi utiliser des forfaits périmés? À l'évidence pour occulter des recettes.
 
Le député estimait que ma présence le gênait dans la mise en place de la gestion de Pra loup.
Cette présence l’obligeait, paraît-il, à respecter la loi Sapin. Cela faisait perdre du temps..
Le rôle du préfet était de veiller également sur la légalité.
Vraisemblablement il pouvait ignorer ce qui se tramait, et il devait garantir le respect des règles ou...  les apparences.
 
Contrairement à son engagement le Conseil Général avait dans l'acte de cession exigé que les actifs non nécessaire à l'exploitation lui soient cédés.
Un coup dur pour la commune qui comptait sur ces valeurs, leur produit pour équilibrer ses engagements.
Il fallait se taire, n'offrir aucune résistance au loup « dominant ».
 
Je faisais néanmoins remarquer que la liaison avec Allos, par les Agneliers, était exploitée sans aucun contrat, et sans redevance.
Le maire étant responsable en matière de sécurité. Je devais savoir à qui confier ma délégation pour assurer les secours.  Cette liaison appartenait encore au syndicat intercommunal Allos Pra loup.
Cette situation irresponsable allait durer. Je dus la rappeler pour l'hiver 94/95.
Les Agneliers, lettre à Lanfranchi et réponse
Cette notion de responsabilité en matière de sécurité allait être reprise à mon encontre.
 
La neige qui tardait en début de saison, allait tomber en  quantité le mercredi 5 janvier et le jeudi 6 janvier. Un mètre de hauteur en deux nuits, le jour demeurant ensoleillé.
Une aubaine pour la station. Un mètre, de l'or pour toute la saison.
Avec l'équipe technique qui ne ménagea pas sa peine les routes furent rapidement au goudron.
Je restais avec eux sur le terrain jusqu'au week-end end pour être certain que tout soit parfait, pour participer.
J'avertissais le Smap à Digne, par fax, que la situation était parfaite.
Je précisais que je pouvais m'absenter le 9 décembre, un samedi soir.
Quelle erreur!
Il ne restait que le déneigement des voitures en stationnement, dont le déneigement n'incombait pas à la collectivité.
 
Sur « ordre  » du député, le préfet acceptait de convoquer le conseil en urgence, en quatre jours.
 
La lecture de la presse et du procès verbal de la réunion du 13 en disent long.
Quelle pantomime, toute la rancœur de l'opposition élus y a été vomie par ces élus présents, devenus courageux sans la présence de « l'adversaire ».
Une ambiance délétère.
« Je ne veux pas prendre part à cette polémique » précisait quand même, le sous Préfet qui représentait le Préfet en partance, et qui « soit disant » avait voulu cette réunion.
 
Le thème de la sécurité des usagers n'était qu'un prétexte.
C'était en fait l'insécurité des élus... dont il s'agissait.
Ils  redoutaient la transparence. Ma présence dans les instances délibérantes les gênait.
Avoir les mains libres....pour agir sans contrôle...et vite..
C'était le reproche principal, grossièrement déguisé.
Par cette réunion ils attendaient que soit prononcé la déchéance du Maire.
Ce fût un fiasco.
Conseil de crise article et procès verbal
 
Le Préfet, de Monchauvet, préférait changer d'air. Il était plutôt social ou socialiste, disons neutre comme l'exige son rôle. Il supportait mal d'être  soumis à l'autorité politique politicienne.
 
Il fût remplacé par l'homme idoine, plus que souple, collaborant, s'adaptant à la situation, aux besoins affairistes de la majorité du Conseil Général.
Lambotte était l'homme idéal.
La presse allait parler plus tard de ses qualités, celles nécessaires aux élus en la circonstance.
Il était passé par la direction générale du Conseil Régional de la Guadeloupe .
Il allait être mis en examen pour faux et complicité d'escroquerie avec constitution de partie civile. Une tentative pour le rendre responsable de ses actes.
Michaud Chevry allait défendre son serviteur.
Cette même procédure que, plus tard, je souhaitais  mener à l'encontre de Transmontagne et des élus responsables des mêmes faits, allait m'être refusée par la mairie d'Uvernet.
Mêmes causes, mêmes effets
Article de presse:  Lambotte  et la justice
Ce préfet était omniprésent à Pra loup. Il était chez lui, invité, Il s'habillait même, d'un anorak des perchmans, au couleur de Pra loup.
Un petit cadeau d’entreprise, pour bien faire voir, que par sa présence il était solidaire.
 
Très vite avec le Maire d'Allos nous avons compris qu'il ne fallait pas lui confier nos soucis sur les déviations auxquelles nous assistions, car il communiquait tout à la partie adverse.
Nous avions bêtement confiance au représentant de  l'état.
Le Maire d'Allos fût amené en 1996 à écrire en recommandée au préfet.
Lettre du maire d'Allos au Préfet, A.R le 6 août 1996
 
Avant de partir après l'épisode du déneigement, j'avais été voir le commandant de la gendarmerie.
Je l'avais informé d'un transport de fond, qui proviendrait des recettes des remontées mécaniques. L'information venait du bureau, (disons de la Satis) Elle était crédible, elle décrivait même la mallette, en cuir rouge, qui contenait un montant très important.
Je lui confiais que peut être on  lui amènerait, avant qu'elle ne disparaisse.
 
Cette mallette fût vue au péage de l'autoroute de Sisteron. Elle était transportée par un élu qui était dépourvu d'argent. La mallette était placée sur le siège. Il l'ouvrit pour piocher de quoi payer son péage. Les faits sont consignés à la main courante.
Le préposé avait été ébloui. Il croyait en un holdup.
C'en était un......Une intervention politique ouvrit le portillon.....de l'autoroute...
 
Quelques temps après, un attaché case de cuir rouge fût retrouvé le long de l'Ubaye. Vide sauf plusieurs chèques désignant la provenance.
Il n'y eu pas de plainte, pas d'enquête, à quoi ça sert.....!
 
Toutes ces informations qui me venaient de mon ancienne équipe, me prouvaient que la confiance demeurait entre nous.
Mais je le conçois, je devais la décevoir, ne pouvant agir comme elle le souhaitait.
 
Transmontagne,  allait prendre les dispositions pour mettre fin à la transparence qui fût toujours la règle de la Satis. Nous verrons que les archives secrètes qui devaient être occulté, ne resteraient plus au siège... Les soupçons « d'indiscrétions » allaient être sanctionnés par des harcèlements psychologiques, des mises à l'écart.
 
Cet hiver 93/94 fût un très bon hiver pour toutes les stations.
Et pourtant le chiffre d'affaire de Pra Loup plafonnait à moins de 21millions. (pour autant que cette information donnée fût exacte)
Vars qui faisait depuis des années le même chiffre que nous annonçait plus de 27 millions.
 
Nous avions l'habitude de vérifier le chiffre d'affaire, avec des données (comme l'utilise l'administration) le poids des ordures ménagères, la consommation d'eau, d'électricité, le passage des perches et des cabines. Nous estimions qu'il manquait de l'ordre de 7 millions, déclaré.
Avec le SEATM la mairie disposait encore d'informations comparatives sur toutes les stations.
Nous aurions du faire au moins comme Vars!
Bien des agents de l'état assistaient sans possibilité d'agir.
 
Informé la SRPJ , concluait....en résumé ...c'est un dossier politique.
 
Maitre Gillibert avait il raison de s'inquiéter ? Et d'écrire.....                 
                                    « Quid si Transmontagne n'est pas retenue ?»
                                                           mais désormais.....
                                                                       Comment en douter!
 
Car après avoir ferraillé, les élus allaient bétonner le transfert de Pra Loup à Transmontagne.... et ceci durant toute l'année 1994, sous l'œil bienveillant du Préfet Lambotte...
 
Les dépenses allaient être collectivisées, et les profits privatisés.
C'était la privatisation, c'était la fin de la transparence..
 
L'hiver 93 bien enneigé, se passa sans aucun incident technique, le parc des remontées mécaniques ayant été parfaitement préparé …....par le SEM Satis.
 
Il faut rendre hommage à toute l'équipe qui travaillait pour leur station, pour que leur société défunte, trucidée au nom de la politique, afin qu'elle demeure .
 
 

  

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