Les prémices

 

 

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           1959 /1960 par Louis Lequette
 
Les rumeurs doivent s'amplifier par l'écho des montagnes.
J'y avais droit...mais....
On me savait prospecter vers le Sauze et la Condamine.
On ne croyait pas l'entreprise possible à Pra Loup
J'avais donc une paix royale pour rédiger l'étude de faisabilité de Pra Loup
 
Le 12 octobre 1959  la direction régionale de Electricité de France, m'assurait que je pourrai bénéficier sous réserve de l'accord du Conseil Général de prêts, qui en vertu d'une convention intervenue en 1954, étaient destinées aux industries nouvelles.
 
Monsieur Proal, conseiller général de Barcelonnette, par lettre en date du 12 décembre 1959 m'assurait de son appui pour l'installation des remontées mécanique au Sauze.
 
Paul Reynaud malgré son grand âge, me prodiguait ses conseils et friand de formules me disait «vous devez faire l'alliance de la neige et du soleil»
 
Roger Diet député maire de Barcelonnette, m'ouvrait ses relations.
 
Emile Aubert m'orientait vers la constitution d'une société d'économie mixte et m'invitait à participer à la coopérative de l'Adroit pour la construction de tennis......
 
Entre les randonnées sur le site avec Jean Chaix, président du secours en montagne, avec Claude Crétin un jurassien, tous les deux des montagnards solides et confirmés, nous parcourions les alpages en partant de la Maure vers Allos, les Thuiles, les Agneliers, Vescal, .Sestrière. Impérativement nous devions être de retour à Barcelonnette avant 9 heures, car Jean Chaix levait son père impotent avant l'ouverture de son magasin. Il n'était pas question de se poser, juste le temps de retirer les peaux de phoques au sommet. Prendre quelques photos, repérer les secteurs à avalanches, imaginer les pistes, le tout pour étayer l'étude de faisabilité nécessaire pour convaincre.
 
Il fallait apprendre: Donc il fallait voir d'autres sites, voir les autres stations, Méribel, Courchevel, Sestrières, Vars, le briançonnais.......
 
Il fallait trouver des appuis à la Chambre de Commerce départementale et régionale.
A la région on estimait déjà que l'accès serait une difficulté et qu'il fallait utiliser des portions prévues pour la voie ferrée.
 
Le Préfet, Maxime Mignon, écrivait au Docteur Groues, et partageait avec lui son souci de l'avenir.
Certains passages sont confidentiels. De cette lettre, il ressort une volonté, des conseils, une expérience, une connaissance des hommes.
 
« J'ai parfaitement conscience du drame qui se joue. L'érosion humaine sévit.....Son rythme naturel va, logiquement, en s'accélérant car le découragement de ceux qui reste, va croissant. »
« Vous  direz sans doute, que ma conception est visionnaire, excessive, trop grandiose.
Peut être avez vous raison.
Mais je ne crois pas aux demi-mesures. On opte pour quelque chose de grand, de dynamique, ou on se contente de petites décisions, dans des cadres limités.
Dans le premier cas on prend des responsabilités et des risques, mais en cas de succès, c'est le succès total, faisant boule de neige. »
« Je n'ignore pas les rivalités d'inspirations médiocre........, j'ai l'impression que si ce mouvement se dessinait, dans l'enthousiasme d'une résurrection de la vallée mais aussi dans l'angoisse de sa décadence menaçante, des intérêts privés importants pourrait être pressants... Alors, les autorités publiques rencontreraient plus large audience quand elles sollicitent le bénéfice d'une politique de la montagne.... »
 
Signé: Le Préfet des Basses Alpes Maxime Mignon  (extrait)
lettre du 8 décembre 1960
 
En effet ; j'allais connaître l'enthousiasme... puis les rivalités!
 
Le 24 Janvier 1960 le Conseil municipal prenait une délibération sous la présidence de son Maire Émile Fourneau,
Délibération de pur principe d'adhésion au projet de station:
« Le conseil, saisi d'un projet d'établissement d'une station de ski dans la commune accepte de louer ou de vendre (à la société formant le projet d'équipement) des terrains communaux à des conditions qui seront fixées ultérieurement et ceci après accord des deux parties»
 
Maire Émile Fourneau, Paul Clariond, Albert Brun, Casimir Proal, Baptistin Martin, Émile Tiran, Lucien Gastinel, Paul Arnaud, Ernest Bouvet, Paul Jaubert.
Pra Loup leur doit tout.
 
La confiance devait être totale pour s'engager sur un texte de ce genre.
J'avais à faire à des personnes de parole.
Pendant des années, courtier en bourse des matières  à Lille, j'avais l'habitude de réaliser des transactions, des marchés importants, toujours sur parole, toujours respecté.
Nous allions totalement nous entendre, nous comprendre.
 
Je devais néanmoins être vigilant, comme disait le Préfet «les inspirations médiocres» pouvaient faire dévier de la voie tracée.
Ainsi lors de l'enterrement de Monsieur Gastinel, j'entendis derrière moi «vous pouvez tenir bon il a les moyens..»
Ceci n'empêcha pas ce «conseiller» de devenir actionnaire.
J'entendis un jour, que j'allai mettre du fart sous les skis «qui ferait avorter les vaches»
 
Je devais connaître l'enthousiasme. La vallée se relevait péniblement des inondations de 1957, il fallait repartir.
L'enthousiasme se manifesta par une adhésion de nombreuses personnes qui souscrivirent à la société que j'allais fonder.
Peut être, n'ont-ils pas réalisé, que leur geste de confiance, a permis d'entraîner d'autres actionnaires plus importants qui avaient besoin d'être poussés par ce mouvement de confiance de masse, avant de s'engager.
Ils eurent un effet d'entrainement, et doivent être doublement remercié, car leur participation ne connu pas de retour direct. Ils étaient minoritaires en capital.....
 
Les premiers contacts avec le Conseil Général furent difficiles.
Émile Aubert voulait l'engager dans la création d'une société d'Economie Mixte!
Marcel Massot et Claude Delorme étaient prudents.
Bruschini, président de la commission des finances était méfiant.
Il faut dire qu'il  venait de connaître un échec avec l'affaire «Ramus» à Seyne les Alpes, sur la filière bois.
 
Lors de la première rencontre avec lui, j'eus droit au qualificatif de jeune aventurier.
Je devais laisser évoluer.
 
Parallèlement à la reconnaissance du terrain, il fallait s'assurer de la maîtrise foncière, afin de pouvoir implanter les équipements sans contrainte et qu'ils rendent le meilleur service. Il fallait pouvoir réaliser un plan d'urbanisme cohérent.
Monsieur Javelly me passait les clefs de la mairie, une seule pièce, pour que je puisse consulter à loisir le Cadastre et le registre.
C'est le soir que nous passions notre temps sur ce cadastre à colorier chaque parcelle. Une couleur était attribuée à chaque propriétaire.
Le cadastre datait de Napoléon. Ainsi colorié il devenait facile à lire.
Avec les successions, les partages, les indivisions, ce travail était nécessaire. Il y avait un nombre de parcelles tel que seul, ce coloriage faisait ressortir les domaines.
 
Il fallait, soit acquérir, soit remembrer et constituer des servitudes, soit échanger en évitant toutes susceptibilité.
 
La volonté de transparence et d'équité nous amenèrent à provoquer en Mairie des réunions pour fixer les prix. Les terres labourables, les prés de fauches, les prés boisés, les alpages. Le cadastre, l'imposition foncière servit de base.
 
Tous ensembles, sous la présidence du Maire et du secrétaire nous rédigions les bases d'une promesse de vente.
Je précisais qu'il me fallait un délai d'option d'un an, le temps de faire les études, de constituer la société, d'obtenir les autorisations administratives.
 
Nous précisions les engagements suivants.
-        L'obligation d'acquérir la totalité d'un domaine si le propriétaire le souhaiterait.
-        L'engagement de laisser la jouissance des terrains agricoles, tant qu'ils ne seraient pas nécessaires à l'exploitation de la station.
-        L'engagement d'embaucher par priorité les jeunes du pays, de les former à leurs nouvelles tâches.
-        De laisser les arbres sur les propriétés, sauf accord contraire.
-        Les droits de passage devaient durer jusqu'à la dissolution de la société, et les indemnités versées entre les parties seraient revalorisées en fonction des dégâts provoqués par la construction des remontées mécaniques.
 
Ces accords publics furent suivis. Je signais les promesses de vente et je validais ainsi le projet aux yeux des actionnaires que je sollicitais.
Sauf l'Office des Forêts voulut pratiquer par voie de concession et de plus précaire. Il m'infligeait même plus tard une pénalité pour avoir coupé des branches nécessaires à une visée effectuée par l'Electricité de France, pour le tracé de la ligne électrique.
 
Le quartier de la Garcine était sous leur protection. Il le méritait car du plateau de 1800 vers les Molanes et Pra Loup le risque d'avalanche existe. Il ne faut pas déboiser.
 
Monsieur Javelly m'aida dans cette tâche, parfois de manière autoritaire comme «Monsieur l'instituteur» d'autrefois, avec la détermination de celui qui veut que cela aboutisse.
Un jour, alors que j'avais besoin d'une signature du Maire, il me dit ne vous dérangez pas pour cela.  Il signa, imitant parfaitement la signature du Maire, et m'appris à  la reproduire.
Nous avions confiance.
 
Il fallait penser à la route d'accès. Les avis étaient très divergents sur le tracé.
Les uns voulaient passer par le nord, en dessous de Pra Loup ou existait un chemin d'exploitation. Monsieur Garrel voulait emprunter la route du col d'Allos jusqu'à pont du Fau, pour revenir directement vers les Molanes. C'est lui qui a reconstruit le pont du Fau et il était attaché à son œuvre.
Je craignais que cette route de col ne soit jamais élargie, et puis son pourcentage de pente ne pouvait être modifié.
J'optais pour un nouveau tracé, partant de la route de la Maure.
Monsieur Meyer Heine, ingénieur général des ponts, que je rencontrais à Paris, accepta que le M.R.L  fasse l'étude.
Avec Monsieur Clerissi le directeur départemental nous allions entamer une longue collaboration.
 
Mais qui allait payer? On me faisait confiance.
 
Je rencontrais Philippe Lamour, un ancien du même Pensionnat, qui me conseilla sur les démarches à entreprendre.
Je rencontrais Jean Sainteny, Haut commissaire au Tourisme, qui me fit rencontrer le technicien du tourisme et Francine Bréau.
Tout doucement les choses prenaient forme et l'étude de faisabilité prenait forme.
 
Avec Maître Debiol, nous préparions les statuts, sans savoir encore qui deviendrait actionnaire.
Le 5 mai 1960  j'allais les signer.
Je ne réunissais en assemblée constitutive que 22 actionnaires, le 27 mai 1960.
 
L'enthousiasme prévu par le Préfet allait se produire plus tard, grâce à la commune.
 
Par délibération en date du 11 Mai 1960.
La commune d'Uvernet s'engageait à fond dans l'entreprise. Elle donnait confiance.
Elle louait pour la somme symbolique de un nouveau franc, tous les terrains nécessaires à l'implantation des remontées mécaniques. Elle acceptait de vendre au prix de Cinq cents francs les terrains nécessaire à des constructions.
     
Le Maire «faisant part de ses différents contacts avec la société anonyme SATIS en formation qui s'engage; d'une part à construire, exploiter ou donner l'exploitation de remontées mécaniques et centre d'accueil, et d'autre part à venir en aide à la commune pour couvrir les annuités d'emprunt au cas ou le revenu municipal serait insuffisant.»
Il engageait son conseil dans la réalisation d'un emprunt de  100 000 nouveaux francs pour la construction de la route qui devait coûter 150 000 francs, selon l'étude réalisée par les ponts et chaussée.
Il s'agissait du tracé par le pont du Fau.
 
Cet engagement donna confiance.
Nous allions rentrer dans le concret.
A suivre

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